Le « populisme » peut-il être un concept scientifique ?

Le populisme a beau être régulièrement présent dans l’actualité, sa définition reste floue. Que recouvre-t-il exactement ? A-t-il un réel contenu ou n’est-il qu’une coquille vide, une sorte d’étiquette stigmatisante utilisée pour discréditer des adversaires jugés inconvenants ?

TheConversation : Le « populisme » peut-il être un concept scientifique ?

Le slogan « power to the people », chanté avec une touche de naïveté par l’ex-Beatles John Lennon dans les années 1970, a été perçu comme une ode à la démocratie, et non comme une dérive populiste.



Les partis populistes ont certes des traits communs (la critique des élites dirigeantes, la valorisation du peuple, le charisme du leader ou encore un style politique fondé sur la démagogie et l’invective) mais tous ces éléments sont présents à des degrés divers dans la vie politique. En outre, le contenu idéologique du populisme reste fuyant : on a affaire autant à des idées de gauche qu’à des idées de droite, à des projets libéraux qu’à des projets interventionnistes, à des valeurs progressistes qu’à des valeurs conservatrices. 

Curieusement, le terme populisme est utilisé de manière très restrictive : s’il est aujourd’hui facilement employé pour désigner les partis qui suscitent une forte répulsion, il n’est jamais utilisé pour qualifier des phénomènes qui, par le passé, ont pu présenter certaines affinités avec le populisme.

  • la Révolution française ne pourrait-elle pas être vue comme un « moment populiste » ? Dans quelle rubrique classer le fameux serment du jeu de Paume : « nous sommes ici par la volonté du peuple » ?
  • le « Printemps des peuples » du milieu du XIXe siècle n’a-t-il pas incarné une forme de révolte populiste contre le carcan des élites aristocratiques et des empires vainqueurs de 1815 ?

Une difficulté plus importante est que le populisme peut être vu comme l’essence même de la démocratie. On connaît la formule de Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » – formule reprise dans la Constitution de la Ve République. On peut également citer le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, censé régir le droit international depuis les Quatorze points du président Wilson.

Il est difficile de ne pas voir dans le populisme une réaction contre les tendances élitaires ou élitistes des démocraties contemporaines, où s’exprime un certain dédain pour le « populaire ».